“On est là pour donner

une seconde vie aux objets”

Texte : Apolline Tarbé / Photographies : Agathe Roger

Publié le 
6 janvier 2022 à 18h08
-
Durée :
4mn

L’après-midi bat son plein au Poulpe. Dans cette ressourcerie du XVIIIème arrondissement de Paris, une horde d’habitants du quartier s’affaire à la boutique du rez-de-chaussée tandis que les bénévoles, salariés, services civiques et stagiaires qui ne sont pas en rayon trient et réparent les objets donnés au premier étage. Les murs sont ornés de décorations faites maison, et les déambulations de tout un chacun sont rythmées par une playlist festive. Un vendredi comme un autre dans ce lieu plein de vie qui a ouvert ses portes en février 2020. En nous baladant entre les différents ateliers de tri et de réparation, nous rencontrons Adélie. Sur un coin de table, dans la cuisine, elle interrompt ses préparations le temps de faire connaissance.

Adélie, service civique à la ressourcerie depuis deux mois

Bonjour Adélie, peux-tu commencer par te présenter et nous raconter comment tu es arrivée au Poulpe ?

Je m’appelle Adélie, j’ai 18 ans, et je suis en service civique au Poulpe depuis deux mois. J’étais au lycée l’année dernière et je voulais un peu faire une pause avant de faire mes études, je savais pas ce que je voulais faire après le bac, alors j’ai cherché des services civiques. Ça faisait longtemps que je voulais agir pour la protection de l’environnement, et je connaissais déjà les ressourceries depuis quelques mois. Ça m’intéressait beaucoup. En faisant mes recherches sur le site des services civiques, je suis tombée sur le Poulpe. Je suis venue visiter le lieu, Alice qui est salariée ici m’a tout montré, et ça m’a trop motivée. Tout le monde était sympa, même si je venais de les rencontrer. C’est un lieu qui donne une nouvelle vie aux objets, donc c’est trop bien. Et il y avait aussi la dimension sociale avec les actions régulières comme les vestiaires, où on donne des vêtements à des personnes qui sont en situation de précarité. Ça m’a aussi beaucoup motivée. Parce qu’il y a beaucoup d’associations où ce sont surtout des personnes blanches assez aisées qui font de l’écologie entre elles, et ça m’intéressait moins. Donc voilà, tout ça m’a motivée à venir au Poulpe.

“il y a beaucoup d’associations où ce sont surtout des personnes blanches assez aisées qui font de l’écologie entre elles, et ça m’intéressait moins”

Comment ça se passe depuis ton arrivée au Poulpe ?

Ça se passe trop bien. J’ai l’impression d’être utile : la ressourcerie permet de donner une deuxième vie à plein d’objets, de vendre des trucs pas chers pour toutes les personnes qui habitent pas trop loin. C’est vraiment différent tous les jours aussi. Le mardi, la boutique n’est pas ouverte, donc j’aide parfois aux vestiaires. Les personnes dans le besoin sont redirigées ici par d’autres associations. Lorsqu’elles viennent pour la première fois, il faut leur expliquer comment ça marche. Il faut aussi aider à la collecte, ou à l’ordinateur pour peser les vêtements qui sont donnés. Tous les autres jours de la semaine, la boutique ouvre de 14 à 19h. Le matin, quand c’est fermé, on s’occupe du réassort : on installe en rayon tout ce qui est déjà trié et pricé. Et l’après-midi, quand il y a des gens dans le magasin au rez-de-chaussée, on peut rester en haut pour trier et pricer les choses. Mais il y a plein d’autres choses à faire. Il y a les moments où on fait la collecte. Les gens ramènent des objets qu’on pèse, et qu’on pré-trie par catégories pour que ce soit plus facile à trier après. Ça c’est un créneau de 2h30 par semaine. On tourne, à chaque fois. On organise aussi des ateliers de temps en temps. Par exemple, mercredi prochain, il y aura la rue aux enfants : on sera trois à animer des ateliers de tawashi et de percussions. Ce qui me plaît le plus, c’est le fait que l’association fonctionne en horizontalité. Dès qu’on a une idée, on la propose au groupe, et on trouve toujours un moyen de la mettre en place. Tout le monde est traité de la même manière : les personnes salariées, les services civiques, les bénévoles, les stagiaires... Ça participe vraiment à l’esprit anti-capitaliste du lieu et je trouve ça important d’en parler.

“Tout le monde est traité de la même manière, ça participe vraiment à l’esprit anti-capitaliste du lieu”

Est-ce que tu as l’impression que les valeurs qui portent le lieu sont transmises aux personnes qui viennent le visiter ?

Oui, c’est sûr que oui. Déjà, on est en lien avec tous les gens qui habitent près d’ici. Et on est pas là pour se faire de l’argent, c’est vraiment pour donner une seconde vie aux objets donc on a les mêmes objectifs que les habitants. Donc tout le monde est bienveillant. Après, comme partout, les gens connaissent plus ou moins le lieu et ses valeurs. Je suis jamais à la caisse, mais je sais que parfois, des gens essaient de négocier les prix. Mais la plupart des gens comprennent qu’on est pas là pour vendre des choses mais vraiment pour donner une seconde vie aux objets. Et rien que le fait que plein de gens ramènent des choses pour qu’on puisse les nettoyer et les réutiliser, ça montre qu’ils comprennent à quoi ça sert, et qu’ils trouvent que c’est bien. Parce qu’ils n’ont pas d’intérêt financier à le faire : ils les donnent, et après ça sera pour quelqu’un d’autre.

Adélie dans les escaliers entre la boutique (rez-de-chaussée) et les ateliers (premier étage)

Quelle est la suite pour toi, après ton service civique ?

Mon service civique finit mi-juin. Après ça, j’aimerais faire des études, mais je sais pas trop dans quoi. J’avais postulé dans des écoles d’ingénieur spécialisées dans l’environnement l’année dernière, et j’ai demandé une année de césure ce qui a repoussé d’un an mon début d’étude. Mais je sais pas si ça m’intéresse toujours. J’ai l’impression que c’est un peu déconnecté de plein de choses qui m’intéressent, et des valeurs qui m’intéressent. J’ai demandé, justement, aux salariés du Poulpe ce qu’ils avaient fait comme études, parce que travailler dans une ressourcerie par exemple ça m’intéresserait beaucoup. Donc j’ai commencé à me renseigner pour commencer une licence en économie sociale et solidaire.

La Ligue sans filtre

Une création d'In:Expeditions
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Texte : Apolline Tarbé / Photographies : Agathe Roger

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6 janvier 2022 à 18h08
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Adélie Nosjean, service civique au Poulpe

Entrer en contact :

adelie.nosjean@gmail.com

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