« Notre vocation, c'est de porter la voix singulière

de la Ligue »

Texte : Apolline Tarbé / Photographies : Agathe Roger

Publié le 
10 décembre à 14h12
-
Durée :
4 mn

Mercredi 1er décembre 2021. Il est 9h et les locaux de la fédération 62 de la Ligue (Pas-de-Calais) se remplissent doucement. Maxime Saraiva, responsable du pôle éducation de la fédération, s'apprête à passer la journée à Lille pour y rencontrer des associations. Sur le départ, il prend le temps d'un entretien pour nous parler du pôle éducation, son fonctionnement, ses succès et ses ambitions.

Maxime, responsable du pôle éducation de la fédération 62

Bonjour Maxime, et merci de prendre le temps pour cette conversation. Peux-tu commencer par nous présenter le pôle éducation ?

Le pôle éducation de la fédé mène des actions à destination des acteurs éducatifs du département, en milieu scolaire et extra-scolaire. Ça répond exactement à l'identité de la Ligue qui agit à l'école, mais aussi avec toute la communauté éducative : les structures jeunesse, les associations du territoire... Notre pôle a vocation à diffuser des actions éducatives sur les thématiques qui sont chères à la Ligue. Dans la fédération, on a notamment trois grands temps forts dans l'année autour de la laïcité, la fraternité et l'éco-citoyenneté. Ce sont donc trois sujets sur lesquels on travaille avec les structures éducatives du département (les écoles, les associations, etc). On fonctionne toujours en triptyque : former, outiller, accompagner.

On est partis du constat que les acteurs étaient peu outillés face à ce qu'on appelle "les nouveaux enjeux". Depuis un an, on a travaillé à consolider notre contenu de formation, et à en faire un contenu d'éducation populaire, adapté à tous les publics. Sur un sujet comme l'éducation aux médias, par exemple, on a conçu des formations qui abordent les notions d'enfermement algorithmique, de bulles informationnelles. Si tu ouvres ta page Youtube et la mienne, on aura pas le même contenu proposé car on ne vit pas dans le même monde informatique : Youtube nous enferme dans un monde. On a aussi choisi de travailler sur la citoyenneté numérique, autour de l'éducation à l'esprit critique. Avec les fausses informations, le harcèlement en ligne, l'anonymat derrière les pseudos, on peut avoir l'impression qu'internet est un monde à part et que la citoyenneté s'arrête aux portes du net. Donc on a créé un contenu de formation pour souligner la dimension d'une citoyenneté qui continue dans l'espace numérique.

Tous ces sujets reposent la question de "faire société", donc ça nous intéresse. C'est relié à notre projet politique.

Par exemple, sur la laïcité, il y a une identité Ligue dans notre contenu de formation. Les formations "techniques" qui peuvent être données par l'État comme la formation Valeurs de la République et Laïcité (VRL) sont bien pensées, elles vont aborder les aspects théoriques, le cadre juridique, les éléments de prévention des conflits. Mais elles ne représentent pas ce qu'on veut transmettre aux acteurs éducatifs sur cette question. Pour la Ligue, c'est une manière d'aborder le sujet qui ne recouvre pas l'ensemble du principe de laïcité. Ce que fait l'État c'est très bien, mais on doit avoir notre propre voix sur ce sujet; donc on construit notre propre contenu de formation.

« sur la laïcité, il y a une identité Ligue dans notre contenu de formation »

Notre objectif, c'est de faire en sorte que la laïcité soit comprise comme un ensemble de libertés. Donc on a une séquence de formation dans laquelle les stagiaires doivent classer une série de photos entre quatre catégories : liberté de conscience, liberté d'expression, liberté de culte ou interdiction. Les stagiaires placent les photos, et au fur et à mesure du débrief que l'on fait avec eux, ils se rendent compte qu'ils ont placé beaucoup trop de choses dans "interdit". Et que la laïcité, c'est principalement un cadre de liberté. Ça nous permet d'expliquer ce que sont la liberté de conscience, d'expression et de culte sans passer par un Power Point avec des textes juridiques - ce qui peut être très intéressant, mais ça n'est pas notre vocation première. Notre vocation première, c'est de rendre ce sujet accessible et de porter la voix singulière de la Ligue sur cette question.

Comment fonctionne le pôle éducation de la fédé ?

Le pôle éducation privilégie le travail avec les acteurs éducatifs, même si ça nous arrive de mener des formations à destination des publics. On ne veut pas prendre la place de nos associations affiliées, qui sont en contact direct avec les publics. On voit notre rôle comme une organisation qui doit outiller ces structures. Ça permet d'avoir un rapport avec les associations qui est différent car on ne prend par leur place sur le territoire. Et ça permet aussi de démultiplier notre impact : on ne va pas mener des actions partout sur le territoire, mais on crée une dynamique pour que le projets se multiplient sur le département. C'est comme ça que sur un événement comme la semaine de la laïcité, on est passés de 7 actions la première année à plus de 200 aujourd'hui.

Je travaille avec six chargés de mission : Jérôme, Candice, Naoufal, Xavier, Léa et Axel. La première chose à dire, c'est qu'ils sont tous experts de leur thématique. Jérôme forme les acteurs éducatifs sur la question de la laïcité. Candice travaille sur les projets européens, Naoufal sur la question des actions en établissements scolaires et junior associations, Xavier sur la citoyenneté numérique. Léa et Axel s'occupent des formations civiques et citoyennes. Donc tous les chargés de mission construisent leur expertise sur leur sujet, ce qui leur permet d'être identifiés et reconnus experts par le réseau d'acteurs.

« la formation est un outil privilégié qui nous permet de faire du réseau sur le territoire et de partager les messages de la Ligue »

Les chargés de mission portent les projets sur le terrain. Ils construisent leur contenu de formation, ils outillent et accompagnent les acteurs sur les projets et ils essaiment sur le territoire. Et mon rôle, en tant que responsable du pôle éducation, c'est de constituer et fédérer cette équipe qui porte les actions éducatives de la fédération. Je dois faire en sorte qu'ils réussissent tous individuellement, et qu'ils mettent du sens dans ce qu'on fait; c'est à dire qu'ils mettent le sens que la Ligue veut donner à ses actions dans leurs projets. Pour ça, on se retrouve une fois par trimestre sur une journée pôle. La journée est consacrée à la question du projet, à trois niveaux : celui de la fédération, celui du pôle éducation, et ceux portés par chaque collègue dans le cadre de sa mission. On fait en sorte que les formations et les projets correspondent bien à la ligne politique de la fédération. Ça me paraît important de dire qu'on construit des contenus fidèles à notre identité. La formation, c'est un outil privilégié qui nous permet de faire du réseau sur le territoire et de partager les messages de la Ligue. Tu vois la dynamique ? C'est important de travailler avec les collègues sur le sens. Sinon, on peut vite avoir le nez dans le guidon et oublier pourquoi on fait ça.

La Ligue sans filtre

Une création d'In:Expeditions
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Texte : Apolline Tarbé / Photographies : Agathe Roger

Publié le 
10 décembre à 14h12
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Durée :
4 mn

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Fédération : Maxime Saraiva

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Maxime Saraiva, responsable du pôle éducation de la fédération 62 : msaraiva@ligue62.org

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