À Tours, la Maison Pour Tous

réenchante le quartier des Fontaines

Image : Julien Borel / Journaliste : Apolline Tarbé

Publié le 
2 janvier 2022 à 11h03
-
Durée :
7mn

Depuis quatre ans, la Maison Pour Tous s’est implantée dans le quartier des Fontaines de Tours. Ce centre social géré par la Ligue de l’enseignement participe à l’animation de la vie du quartier. Distribution de paniers alimentaires, ateliers dédiés à la jeunesse ou aux parents, activités sportives et culturelles, diagnostic partagé de l’état du quartier… Tour d’horizon de l’activité foisonnante de la Maison Pour Tous.

Les habitants et acteurs de la vie locale visitent le quartier pour faire un état des lieux

Il est 9h quand nous franchissons les portes de l’espace Jacques Villeret, au cœur du quartier prioritaire des Fontaines. C’est dans ce local de la mairie de Tours que nous retrouvons les personnes qui participeront toute la matinée à la visite collective du quartier. Tous les acteurs de la vie locale sont représentés : les habitants, le bailleur social, les techniciens et élus de la ville de Tours, le centre social… Le principe de ce “diagnostic en marchant” : déambuler dans les rues pendant quelques heures pour prendre le pouls de l’état du quartier ; et pouvoir agir en conséquence via les politiques de gestion urbaine et sociale de proximité.

“Il est vraiment livré à lui-même, notre quartier”

La balade commence. Répartis en trois sous-groupes, nous suivons l’itinéraire établi préalablement par la mairie. Toutes les observations, positives comme négatives, sont à noter sur un grand tableau. La voirie, les déchets, l’éclairage, les espaces verts, la circulation… Aucun détail de la vie de quartier n’échappe au radar du diagnostic.

Relevé d’informations sur l’état du quartier des Fontaines

Assez vite, ce sont les habitants et habitantes du quartier qui font entendre leurs doléances aux institutions présentes. Manifestement, c’est le manque d’entretien de la voirie qui les affecte le plus. Véronique, présidente de l’association des habitants des Fontaines, profite de cet échange pour le faire entendre : “on va commencer par les points faibles : la saleté” démarre-t-elle franchement. “Avant, régulièrement, on voyait la métropole. Maintenant on est inexistants, on ne voit plus personne, c’est plus nettoyé. Heureusement qu’on a la régie de quartier, sinon ça serait un taudis”.

“On est inexistants, on ne voit plus personne”

Attentif aux besoins des habitants, le centre social s’est notamment emparé du sujet de la propreté du quartier, nous explique Amandine, médiatrice vivre-ensemble de la Maison Pour Tous. Elle raconte : “le ramassage de déchets fait partie des initiatives que je mène avec les habitants”. Pour apporter une réponse plus structurelle, les participants au diagnostic écoutent les remarques, prennent note, documentent avec des photos. Selon l’emplacement dans le quartier et le domaine de compétence, des rapides échanges permettent d’identifier quel acteur doit être mobilisé pour régler le problème.

Des photos sont prises au fur et à mesure pour illustrer l’état des lieux

La problématique de l’insécurité est également soulevée à plusieurs reprises. Sans jamais stigmatiser les jeunes de leur quartier, les habitants notent que de plus en plus d’entre eux sont livrés à eux-mêmes, occupent les espaces publics voire les immeubles, consomment ou dealent de la drogue. Une situation pénible pour ceux qui sont gênés par le bruit la nuit, et parfois dangereuse pour ceux qui subissent le squat de plus près.

Mais si le sujet de l’insécurité est soulevé, c’est avant tout car les habitants sont préoccupés pour leurs jeunes voisins. Tous s’accordent sur le besoin d’éducateurs ou d’une police de proximité pour accompagner ces jeunes. Les premiers existent en effectifs trop faibles, tandis que les seconds ne visitent plus le quartier depuis quelques temps. Fatia, habitante de longue date, semble accablée : “on voit ni la police municipale, ni la police nationale. Il est vraiment livré à lui-même, notre quartier…”

“Ici, y a pas d’animation pour la jeunesse”

Pour Nadjib, président de l’unique club de boxe des Fontaines, l’équation est simple. Si les jeunes traînent dehors, c’est qu’ils sont inoccupés. Seule la vie sportive et culturelle du quartier pourrait les sortir de la rue. Selon lui, le succès de son club s’explique précisément par le manque d’alternatives proposées aux jeunes aux alentours : “dans mon club, on est rendus à 200 licenciés ! Ici y a rien d’autre, y a pas d’animation pour la jeunesse…”.

Nadjib, président du club de boxe du quartier des Fontaines, devant le Comité de quartier

C’est pour pallier ce manque que le centre social La Maison Pour Tous a vu le jour en 2018. Depuis, les équipes de la Maison Pour Tous contribuent à l’animation de la vie de quartier et facilitent le lien entre les habitants des Fontaines et les institutions publiques. Mohamed, salarié de la fédération 37 de la Ligue de l’enseignement, est responsable de la coordination du centre social.

Mohamed, coordinateur de la Maison Pour Tous, au cœur du quartier des Fontaines

Au cours de la déambulation dans le quartier des Fontaines, il décrit l’étendue des activités du centre, qui ont lieu dans plusieurs locaux éparpillés dans le quartier. “Nous avons le local jeunes dans lequel nous accueillons tous les jeunes autour d’activités culturelles, de loisir ou d’insertion”, commence-t-il. Ce jour-là, le local propose un atelier d’éducation aux médias animé par l’association Radio Campus. Autour d’une table et casque sur les oreilles, une dizaine de collégiens écoutent des extraits audio et trouvent ensemble le contexte de l’enregistrement. L’ambiance est décontractée, les jeunes sont libres d’aller et venir autour de l’atelier comme il leur chante.

Participante de l’atelier d’éducation aux médias dans le local jeunes de la Maison Pour Tous

Sorti de l’espace alloué aux jeunes, Mohamed enchaîne : “ensuite, il y a le local famille-habitants”. Ce deuxième lieu accueille une série d’événements dédiés à la parentalité. Un besoin criant pour certains voisins, comme l’explique Mohamed : “dans le quartier, il peut y avoir des enfants en errance et des parents pas outillés pour les accompagner dans leur scolarité ou leurs activités”. Le centre social prodigue donc conseils et outils concrets pour permettre aux parents de resserrer le lien avec leurs enfants et de partager avec d’autres parents du quartier.

Un collégien du quartier joue devant le local jeunes

Plus largement, les équipes de la Maison Pour Tous ont fait du local famille-habitants un lieu de mobilisation pour les Fontainois et Fontainoises :  “on va chercher à mobiliser les habitants lors de réunions, écouter ce qu’ils ont envie de faire pour faire vivre le quartier, et encadrer ces projets-là”. Et ce ne sont pas les projets qui manquent. “Pendant les réunions habitants, il y a des idées qui peuvent paraître farfelues, surambitieuses, surréalistes”, sourit Mohamed. “Charge à nous de les réguler”. L’accompagnement du centre social peut porter sur la gestion de la temporalité, du budget, de l’organisation du projet… Ces moments, à l’instar du conseil citoyen constitué entre habitants, représentent “un espace démocratique dans lequel ils peuvent s’exprimer et décider de ce qu’ils veulent et peuvent faire”, résume Mohamed. Une démarche particulièrement importante, selon lui, dans un endroit où “il y a peu de personnes qui votent ou qui voient l’intérêt de la politique”.

“On est dans le quotidien du quartier”

Ainsi, depuis quatre ans, les projets portés par la Maison Pour Tous se multiplient et ravivent le quartier marqué par les épisodes de confinement. Entre le café des habitants, les séances de sport proposées par l’Ufolep, les projections de film ou les sorties culturelles, le planning hebdomadaire est chargé.

Quelques heures passées en compagnie d’Amandine, au sein du centre social, permettent de s’imprégner de l’esprit de proximité qui définit l’ensemble des actions de la Maison Pour Tous. Tous les jours, Amandine discute avec les habitants, organise des événements de quartier, fait connaître l’activité du centre social, recense les informations importantes sur la vie des Fontaines…

Ce mercredi 19 novembre, elle est installée au local famille-habitants pour la distribution de paniers de fruits et légumes produits localement. Un projet né au lendemain du confinement, pour “favoriser l’accès à l’alimentation saine et travailler sur des sujets comme la transition écologique ou la manière de consommer”, explique-t-elle. Tout l’après-midi, les 16 habitantes qui ont commandé leur panier cette semaine passent au compte-goutte pour le récupérer. L’occasion pour Amandine de faire du lien, l’air de rien. Elle sert un thé, propose de rester discuter, partage des recommandations de recettes… Et ce qui était une simple course se transforme en un moment chaleureux de partage entre voisines.

Les paniers de fruits et légumes sont livrés par l'association La Mesure au centre social

Au fil de la conversation, une habitante apprend que le centre social propose des permanences de médiation numérique et prend rendez-vous. Une autre se confie sur ses problèmes de voisinages, tandis que la troisième s’inscrit pour le prochain cours de sport réservé aux femmes. Ces moments privilégiés sont au cœur du quotidien d’Amandine, et lui permettent d’essaimer l’action de la Maison Pour Tous dans le quartier. “Ce que j’aime avec les paniers”, nous glisse-t-elle, “c’est que c’est pas le public que je croise le reste de l’année. Ça me permet de toucher d’autres personnes et de les ramener dans la dynamique du centre social”.

La distribution de paniers se transforme en moment convivial dans le local famille-habitants

Cette connaissance des voisins et de la vie du quartier est essentielle car le centre social a un rôle institutionnel d’interface entre les habitants des Fontaines et les différents partenaires de la gestion urbaine et sociale de proximité. “Une fois par trimestre, on invite tous les acteurs du quartier autour de la table : les bailleurs sociaux, les élus, les habitants… Et on leur fait remonter les sujets des habitants” détaille Julie, coordinatrice de l’animation locale des centres sociaux gérés par la Ligue de l’enseignement à Tours. D’où l’importance de l’implantation : “on est dans le quotidien du quartier”, complète-t-elle.

“Encore beaucoup à faire”

Malgré l’activité foisonnante du centre social, les habitants restent en demande. “L’arrivée de la Maison Pour Tous, ça a changé, mais pas beaucoup” juge l’une d’entre elle pendant la marche. Nadjib quant à lui trouve le centre social trop éloigné du cœur du quartier.

Julie et Mohamed en sont conscients : il reste de nombreux défis à relever pour implanter durablement la structure dans le quotidien des habitants. “Le lien existe avec certains habitants, mais c’est un pourcentage tellement minime par rapport au nombre d’habitants du quartier qu’il y a encore beaucoup à faire”, admet Julie.

Julie, coordinatrice de l’animation locale des centres sociaux de la Ligue de l’enseignement à Tours

Toute l’équipe de la Maison Pour Tous attribue les mêmes raisons à ce long enracinement dans le paysage. D’une part, le centre social est une structure très jeune, dont le fonctionnement dépend de facteurs administratifs, politiques et financiers assez contraignants. D’autre part, la pandémie est venue bousculer le calendrier. “Le COVID a fait une grosse coupure au début de notre dynamique”, regrette Julie. “Ça n’a pas aidé en termes d’identification et de réalisation de projets”. Elle déplore également l’emplacement des trois locaux peu visibles du centre social, qui souffrent d’une mauvaise identification de la part des habitants.

Jardins partagés des habitants du quartier des Fontaines

De toute évidence, il faudra quelques années pour que la magie du bouche-à-oreille opère et que la Maison Pour Tous soit utilisée et reconnue à sa juste valeur par les habitants des Fontaines. En attendant, Amandine, Mohamed, Julie et leurs collègues continueront à proposer des services et des activités pour réenchanter le quartier.

Et l’avenir s’annonce radieux puisqu’au cœur des Fontaines, dans l’allée la plus passante, un local flambant neuf s’apprête à ouvrir ses portes au centre social.

Les enquêtes de la Ligue

Une création d'In:Expeditions
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2 janvier 2022 à 11h03
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7mn

Pour aller plus loin :

Merci pour votre temps :

  • Julie, coordinatrice de l’animation locale des centres sociaux gérés par la Ligue de l’enseignement à Tours
  • Mohamed, coordinateur de la Maison Pour Tous
  • Amandine, médiatrice vivre-ensemble de la Maison Pour Tous

Entrer en contact :

  • Julie : jgaucher@fol37.org

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