À Rennes, les biodéchets

des uns font le bonheur des autres

Image : Agathe Roger / Journaliste : Apolline Tarbé

Publié le 
7 mars 2022 à 17h12
-
Durée :
4mn

Un drôle de vélo a fait son apparition dans les rues de Rennes. Tous les matins, à véloremorque, l’association Rennes du Compost collecte les biodéchets de dizaines de professionnels pour les valoriser en compost en périphérie de la ville. Lors d’une matinée ensoleillée de février, Amel et Karen nous ont invitées à les suivre sur une tournée.

Karen et le véloremorque de l’association Rennes du Compost, devant un restaurant Rennais

Se rendre jusqu’au point de collecte, récupérer et peser le seau de biodéchets, charger la remorque, enfourcher son vélo vers la prochaine destination : la mécanique de Rennes du Compost est bien huilée. Nous rejoignons Amel et Karen un mardi matin, au milieu de leur itinéraire. Les lieux de collecte sont variés : nous commençons par les locaux de la fédération 35 de la Ligue de l’enseignement et enchaînons avec une une crêperie, un espace de co-working, un hôtel et des bureaux. Chez chacun des clients, nous récupérons des seaux contenant jusqu’à 50 litres de déchets alimentaires et biodégradables, et les disposons dans la remorque d’Amel. Il est 11h lorsque nous nous dirigeons vers le Jardin des Mille Pas, une parcelle de 1300m2 dans l’espace naturel de la Prévalaye en périphérie de Rennes, mise à disposition de l’association pour faire leur compost. Les mains dans la terre, Amel et Karen racontent leur engagement.

Le choix de l’écologie

C’est le besoin d’agir pour l’environnement qui a propulsé Amel, Hélène et Sophie dans la création de l’association, en février 2021. Amel se souvient : “Rennes du Compost, c’est l’histoire de trois anciennes collègues dans le secteur sanitaire en reconversion professionnelle, et animées par l’urgence écologique. Nous avons choisi de proposer une action via le vélo, pour participer à la décarbonation de la ville”. Un engagement écologique parmi tant d’autres, énumérés par la co-porteuse du projet : “que ce soit sur l’extraction des biodéchets de l’incinération, le circuit court ou le réemploi, il nous tient à coeur de réfléchir à notre empreinte écologique à toutes les étapes du projet”. Une démarche louable, même si elle est souvent synonyme de renoncement : à vélo, le périmètre couvert par l’association reste restreint, et la remorque ne peut accueillir que 300 kg de biodéchets par tournée. “C’est un choix”, résume Amel en souriant. “Et on y croit”.

Amel, co-fondatrice de l’association Rennes du Compost

Et à raison : le projet est, de fait, particulièrement efficace et vertueux sur le plan environnemental. En un an, les co-porteuses de l’association ont récolté et valorisé 13 tonnes de biodéchets. Les déplacements sont effectués en mobilité douce, sur des courtes distances. Une grande partie des seaux de collecte, initialement destinés à l’incinération, sont récupérés et réemployés par l’association. La matière collectée intègre un cercle vertueux de valorisation sur l’espace naturel de la Prévalaye : le compost est distribué au jardin des 1000 pas, dont les légumes sont mis à disposition à la Basse-Cour, une ferme-guinguette qui transmet elle-même ses biodéchets aux Rennes du Compost.

“Il nous tient à coeur de réfléchir à notre empreinte écologique à toutes les étapes du projet”

C’est précisément cette démarche positive qui a séduit Karen, en service civique au sein de l’association depuis plus d’un mois. “Vous savez, les biodéchets représentent 30% des ordures ménagères” nous explique-t-elle après avoir fini de vider les seaux récoltés dans la matinée. Elle poursuit : “en récoltant ces biodéchets avec les Rennes du Compost, on contribue à la lutte contre le changement climatique au niveau étatique : on réduit les coûts investis par l’État dans la gestion des déchets, on lutte contre le gaspillage alimentaire, on favorise le développement de l’agriculture bio”.

Karen monte un nouveau bac à compost dans le jardin des 1000 pas

Karen participe à trois collectes par semaine. Le reste du temps, elle contribue à la recherche d'appels à projets auxquels les co-porteurs du projets pourront répondre dans le cadre de la recherche de financement pour l’association. Un engagement qui lui fait du bien : “on contribue tous, de près ou de loin, à la dégradation de l’environnement. En travaillant pour Rennes du Compost, je pense que je participe, quelque part, à réparer ça. Même si c’est à l’opposé de mon parcours, je suis contente”.

“En récoltant ces biodéchets avec les Rennes du Compost, on contribue à la lutte contre le changement climatique au niveau étatique”

Sensibiliser et accompagner

Avec cinq tournées de dix à douze clients par semaine depuis un an, l’association a su faire ses preuves sur la collecte et la valorisation des biodéchets auprès des professionnels. En attendant de transformer l’association en société coopérative et de pouvoir salarier l’ensemble de l’équipe, de nouvelles forces vives ont déjà rejoint les Rennes du Compost : Corentin, co-porteur du projet et Judikaël, premier agent de collecte et de compostage salarié de l’association. Le printemps 2022 n’est pas encore arrivé, mais les ambitions et les idées fleurissent déjà, comme en témoigne Amel : “pour l’instant, on a concentré nos collectes sur les petits et moyens gisements de déchets : nos clients produisent entre 30 et 250kg de biodéchets par mois. Mais à terme, on souhaite également récolter les biodéchets des particuliers”.

Amel récupère des outils dans le local à jardinage des Rennes du Compost

L’association mise également sur la sensibilisation pour généraliser les bonnes pratiques de valorisation des biodéchets. Ainsi, lors des collectes, les clients se voient remettre une ardoise indiquant la quantité de déchets valorisés par semaine par leur établissement. Une manière pour eux de communiquer sur leur engagement environnemental tout en mettant en lumière l’activité des Rennes du Compost. L’association organise également des ateliers de formation pour adultes et pour enfants sur la vie du sol et le processus de transformation des biodéchets. Les formats sont multiples : les enfants peuvent par exemple participer à une session de compostage au jardin des 1000 pas, ou encore assister à une exposition sur la vie du sol, réalisée par l’association en partenariat avec la fédération 35 de la Ligue. Ces différents ateliers ont vocation à se développer dans le milieu professionnel à travers les services RSE des entreprises. Selon Amel, ils sont aujourd’hui de plus en plus indispensables : “la loi Anti-gaspillage et économie circulaire (loi AGEC) va obliger tous et toutes à valoriser ses biodéchets à partir de 2024, professionnels comme particuliers. Donc il est nécessaire d’accompagner les publics. Ce sont des choses que l’on souhaite développer dans le futur”. Un futur qu’on espère ensoleillé pour l’association, qui ne renonce jamais à ses tournées sous la pluie bretonne.

Les enquêtes de la Ligue

Une création d'In:Expeditions
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Image : Agathe Roger / Journaliste : Apolline Tarbé

Publié le 
7 mars 2022 à 17h12
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Durée :
4mn

Pour aller plus loin :

Merci pour votre temps :

  • Amel, co-porteuse de l'association Rennes du Compost
  • Karen, service civique

Entrer en contact :

contact@rennesducompost.fr
fede35@ligue35.org

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